dimanche 31 août 2014

"Les combattants": les angoisses de la jeunesse à l'écran

 Bonjour à tous,

Très remarqué lors du Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en 2014, le film Les combattants de Thomas Cailley a été extrêmement bien accueilli par la critique et les festivaliers. Sa sortie au mois d'Août était attendue mais pouvait ne pas rencontrer le succès public. Il n'en est rien et il fait partie des bonnes surprises, même si annoncée, du cinéma français cet été quand tant de blockbusters américains ont pu décevoir.




mercredi 27 août 2014

Faye Dunaway au Festival Lumière !





Bonjour à tous,

Et non, ce ne sera pas Brigitte Bardot qui sera honorée à la soirée d'ouverture du Festival Lumière le lundi 13 octobre 2014 à la Halle Tony Garnier mais la grande actrice américaine Faye Dunaway, qui fut Bonnie avant Brigitte. En revanche, il y aura bien la projection du film Bonnie and Clyde d'Arthur Penn devant encore à n'en pas douter, un parterre spectaculaire de ce que le cinéma peut offrir de réalisateurs et réalisatrices, d'acteurs et d'actrices et de tous ceux et celles qui animent le cinéma.

Bande Annonce:

Ceux qui avaient acheté leur place dès juin après la révélation du préprogramme ont eu raison. En effet, les années précédentes, la soirée d'ouverture réservait toujours un film surprise et forcément un chef-d'œuvre. Mais l'édition 2013 semble avoir véritablement marqué un tournant pour ce festival exceptionnel. En effet, l'ouverture avait célébré le grand Jean-Paul Belmondo pour une projection du Singe en hiver. Cette soirée mémorable avait ému les presque 5000 spectateurs, notamment lorsque Quentin Tarantino rendit un hommage vibrant à l'idole française.


Ainsi, alors que les années précédentes les places pour cette soirée finissaient de se vendre courant août, elles furent toutes vendues avant même que le mois de juillet ne commence, comme si les spectateurs du Festival avait compris que désormais, cette soirée spéciale ne serait plus seulement une soirée d'ouverture. La nouvelle officielle de ce jour leur a donné manifestement raison.

Avec Faye Dunaway, c'est le Nouvel Hollywood et ses nouveaux mythes qui s'invitent au Festival Lumière. Arthur Penn, Warren Beatty et donc Faye Dunaway, actrice d'une grande sophistication, à la beauté moderne, loin de celle des actrices du cinéma classique.
Avec Faye Dunaway, c'est aussi toute une filmographie qui revient en mémoire. Bien sûr L'affaire Thomas Crown avec le grand Steve McQueen, mais encore Chinatown, Network ou encore Les trois jours du condor et plus tard Barfly et Arizona dream, encore du cinéma nouveau!

Plus rare aujourd'hui dans les productions hollywoodiennes, Faye Dunaway reste pour tous les cinéphiles une véritable icône ayant évidemment et plus que jamais sa place dans un festival comme celui de Lyon, célébrant le cinéma classique et ceux qui ont participé à faire du 7ème art un art majeur.

Et comme pour faire un lien avec la soirée d'ouverture 2013, la projection de Bonnie and Clyde est une formidable transition avec Jean-Paul Belmondo puisqu'Arthur Penn rendait ouvertement hommage à celui qui allait incarner la Nouvelle Vague aux USA dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard.

Vivement le 13 octobre!

À très bientôt
Lionel Lacour


Du cinéma italien pour la rentrée 2014 de l'Institut Lumière

Bonjour,

Si vous êtes de Lyon, ou pas loin, ou que vous aimez le cinéma dans toute sa diversité, l'institut Lumière n'est pas seulement l'organisateur du Festival Lumière. Toute l'année, c'est une programmation exigeante, avec des thématiques, des focus, des conférences et des rencontres avec des cinéastes, des journalistes ou des spécialistes de cinéma.

Ainsi, à l'occasion de la rentrée de septembre 2014, c'est le cinéma italien qui est mis à l'honneur, celui des années 1970, avec des films qui ont marqué certainement la période la plus intéressante pour ce pays avec des réalisateurs à la fois drôles et féroces, et en tout cas extrêmement critiques sur la société italienne, sa corruption, son conservatisme religieux, sa mafia et tous ses autres maux. Cinéma engagé de cinéastes majeurs de la cinématographie mondiale, ce cinéma italien des années 1970 constituait en quelque sorte l'apogée du 7ème art de la péninsule qui allait être suivi d'un long retrait de la production italienne, du moins dans son influence sur les autres productions et assurément dans sa qualité. C'est parce que, tel le phénix renaissant de ses cendres, le cinéma italien retrouve aujourd'hui petit-à-petit de la vigueur et sa force contestatrice d'antan que la redécouverte de ce cinéma des années glorieuses est aussi réjouissante, avec un message, hélas, toujours autant d'actualité!

Et cela commence fort dès vendredi 29 août avec la soirée d'ouverture de la programmation présentée par Fabrice Calzettoni, responsable du service pédagogique de l'Institut Lumière et suivie de la projection de Nous nous sommes tant aimés d'Ettore Scola.

Cette soirée permettra de découvrir quelques extraits des films programmés avant le festival. Les italiens bien sûr (Mes chers amis, Affreux sales et méchants ou encore Au nom du peuple italien et bien d'autres encore), mais aussi quelques grands chefs-d'œuvre du cinéma avec La chienne de Renoir, Le jour se lève de Carné, L'homme qui tua Liberty Valance de Ford et La mort aux trousses d'Hitchock.

C'est également un focus sur Jane Campion, dernière présidente du Jury du Festival de Cannes et à ce jour, unique réalisatrice honorée par la Palme d'Or, qui sera offert aux spectateurs, avec ni plus ni moins que 5 films en deux jours, du 19 au 20 septembre, tous présentés par le critique de cinéma de Positif Michel Ciment. Cette rétro se conclura bien évidemment par la palme d'or La leçon de piano.

Et comme une mise en bouche avant le Festival qui honorera Pedro Almodovar, deux de ses films seront projetés les jeudi 18 et 25 septembre, Attache moi le 18, présenté par Thierry Frémaux, directeur du Festival Lumière, et La mauvaise éducation le 25. Cette séance sera précédée d'une ciné-conférence animée par Fabrice Calzettoni.

Pour en savoir davantage sur la programmation en plus de ce qui est annoncé ici, rendez-vous sur www.institut-lumiere.org, comme par exemple la projection de Lucie Aubrac de Claude Berri, tourné à Lyon et projeté à l'occasion des 70 ans de la libération de la ville, ou encore l'invitation faite à Dominique BESNEHARD, personnalité incontournable du cinéma français.


Informations et réservations des places sur www.institut-lumiere.org
ou par téléphone au 04 78 78 18 95.

À très bientôt
Lionel Lacour






lundi 25 août 2014

"La vie et rien d'autre": 100 ans de Première guerre mondiale au cinéma

Bonjour à tous

en 1989, tandis que la France allait célébrer le bicentenaire de la Révolution française, Bertrand Tavernier s'attaquait pour la première fois à la Grande Guerre (il y reviendra quelques années après avec Capitaine Conan) dans La vie et rien d'autre, les deux d'ailleurs scénarisés par Jean Cosmos. Mais son film ne retrace pas les moments glorieux du conflit mais les conséquences de cette boucherie industrielle. En commençant l'action en 1920, la question qui se pose n'est donc pas le suspense sur la victoire ou sur une attaque de tranchée quelconque mais sur ce qu'est la France au lendemain du conflit le plus meurtrier qu'elle ait connu alors. Et si le film évoque les morts, les centaines de milliers de morts, Tavernier insiste en fait davantage sur la place des vivants, de tous les vivants. L'angle est original et quand la France s'apprête à célébrer l'abolition des privilèges et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, le réalisateur lui plonge sa caméra dans une autre mythologie de la République triomphante, le soldat inconnu, en écornant au passage tous les profiteurs de guerre.

vendredi 22 août 2014

"Dallas": une analyse de Florence Dupont, grille de lecture pour les autres séries!

Bonjour à tous,

En 1991, Florence Dupont, grande historienne de l'Antiquité, et surtout romaine, publiait chez Hachette une des premières analyses (sinon la première) sur une série culte, en donnant à Dallas, série si méprisée, critiquée comme apologie d'un capitalisme sauvage (Ah! JR et les puits de pétrole de South Fork!), sinon des lettres de noblesse, du moins un intérêt majeur en comparant cette série aux œuvres d'Homère. Et avec ce livre, la série devenait enfin un objet d'études universitaires... enfin, il fallut encore quelques années!

jeudi 21 août 2014

Les soirées de présentation du Festival Lumière 2014: c'est dès septembre!

Bonjour à tous,
Le programme du Festival Lumière est en phase de finalisation. Si vous voulez en savoir davantage avant tout le monde, voici les dates des prochaines soirées de présentation du festival, pendant lesquelles sera dévoilée la programmation complète,concoctée par l'équipe de l'Institut Lumière sous la houlette de Thierry Frémaux son directeur.
La mise en vente de toutes les séances sera possible à l'issue de ces présentations. Chaque séance du Festival est présentée par un invité en lien avec le cinéma: acteur, réalisateur, journaliste, directeur de cinémathèque... Le nom des ces invités n'est connu au moment de la révélation de la programmation. Mais vous pourrez le savoir en vous abonnant à la Newsletter du Festival ou sur sa page facebook.
Ces soirées de présentation se dérouleront à l'Institut Lumière, salle du Hangar du Premier Film, 25 rue du Premier Film, Lyon 8ème.
PRÉSENTATIONS DE LUMIÈRE 2014
Le programme / Le Prix Lumière / Les clips / Les évènements / Les invités / L'accréditation / Le point billetterie

Présentation du programme détaillé :
Mardi 9 septembre à 19h et 20h30
Mercredi 10 septembre à 17h
Jeudi 11 septembre à 19h
Samedi 13 septembre à 11h


Les dernières annonces :
Jeudi 2 octobre à 19h et 20h30
Mardi 7 octobre à 19h
Rendez-vous au Hangar du Premier-Film. Soirées suivies d'un verre avec l'équipe 

En attendant le dévoilement de la grille de programme détaillée, n'attendez pas pour vous inscrire par mail : communication1@institut-lumiere.org
Et n'hésitez pas à en parler autour de vous !

Institut Lumière
25, rue du Premier-film, 69008 Lyon
Suivez l’actualité du festival sur www.festival-lumiere.org
 

Quant à moi, je reviendrai vers vous pour vous informer sur toutes les séances importantes, les rencontres insolites et cinéphiliques que vous pourrez faire dans la salle de la Villa de l'Institut Lumière où je vous accueillerai avec le plus grand plaisir. Cette salle reçut notamment les éditions précédentes Jacqueline Bisset, Clotilde Courau, Pierre Richard, Michel Cimino, Françoise Fabian, Tim Roth et bien d'autres encore dont le Prix Lumière 2013: Quentin Tarantino himself !

Alors à très bientôt pour le Festival Lumière 2014

À très bientôt


Lionel Lacour

jeudi 14 août 2014

Johnny s'en va-t-en guerre: une adaptation, trois guerres

Bonjour à tous

en cette période de commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale, je vous propose de faire régulièrement un point sur un film ayant évoqué ce conflit, quelque soit l'angle choisi par le réalisateur. Au mois de novembre, le film de Dalton Trumbo Johnny s'en va-t-en guerre ("Johnny got his gun") sera projeté dans les cinémas participant au cycle Ciné Collection du GRAC de Rhône-Alpes. Réalisé en 1971, le film est l'adaptation de son propre roman, édité en 1939 (traduit en français en 1971), et unique réalisation pour ce grand scénariste, fameux blacklisté lors du la chasse aux sorcières qui toucha Hollywood lors du Maccarthysme.




mardi 12 août 2014

Un jour sans fin: une parabole du modèle américain

Bonjour à tous

Régulièrement, le film d'Harold Ramis The groundhog day (bêtement traduit par Un jour sans fin) et réalisé en 1993 est diffusé sur les chaînes de télévision (cable, satellite et même cette semaine sur Arte!). Cette comédie subtile donnait à Bill Murray certainement son premier très grand rôle au cinéma après les succès d'autres comédies dont le fameux SOS fantômes (Ghost busters, dont le scénario était déjà en partie écrit par Ramis).
Sur une base très simple, celle d'une journée qui se répète à l'infini pour le personnage principal, Phil Connors (Bill Murray donc), Ramis va pouvoir développer une certaine vision du Bien et du Mal, des rapports des uns avec les autres et, au final, une image d'une société idéale, assez conforme au modèle (au rêve?) américain.


Bande annonce:


Good night Robin Williams!

Bonjour à tous,

comme tous les amateurs de cinéma, j'ai donc appris ce jour la disparition de Robin Williams. Il y a des acteurs qui marquent chacun pour différentes raisons, pour différents films. Le cercles des poètes disparus pour les romantiques, Madame Doubtfire pour ceux aimant les comédies déjantées, Will Hunting pour ceux sensibles à la marginalité ou encore Hook pour tous ceux refusant de grandir (vieillir?) et bien d'autres films encore dont la liste serait fastidieuse mais aussi sacrément impressionnante de par les réalisateurs qui les auront dirigés (Spielberg, Gilliam, Allen...)

lundi 11 août 2014

Quand "Michel Strogoff" évoque autant la guerre d'Algérie que la Russie tsariste!

Bonjour à tous,

En 1956, Carmine Gallone réalisait une adaptation cinématographique du livre de Jules Verne Michel Strogoff. Ce film est clairement un film européen de par sa coproduction franco-italo-germano-yougoslave. La distribution est elle aussi très européenne avec un réalisateur italien, un acteur principal allemand, d’autres comédiens français, yougoslaves ou même russe!
Carmine Gallone, réalisateur italien ayant notamment beaucoup tourné sous l’ère fasciste - notamment son fameux Scipion l’Africain en 1937 - était un adepte des grandes fresques mais aussi de films populaires, comme notamment La grande bagarre de Don Camillo. Pour interpréter Michel Strogoff, héros du roman éponyme de Jules Verne, paru en 1876, le choix se porta sur Curd Jürgens, acteur né allemand, naturalisé autrichien après 1945 pour manifester sa condamnation du nazisme, et francophile. Il est alors certainement l’acteur européen le plus célèbre aux USA, notamment grâce au succès planétaire du film Et Dieu créa la femme en 1956, avec Brigitte Bardot.
Cette nouvelle adaptation du roman de Jules Verne s’inscrivait dans une volonté des producteurs européens de répondre au cinéma d’aventure américain: on le voit notamment à l’utilisation de la couleur et du cinémascope, procédé alors nouveau et coûteux. Cette super-production visait  une exploitation internationale. Le film fit des entrées satisfaisantes en France (plus de 6 millions de spectateurs) et sortit aux USA en 1960 sous le titre Michael Strogoff.  Mais ni la langue de tournage du film - le français - ni le parti pris russophile n’ont séduit les spectateurs américains. Il était particulièrement difficile de leur faire admettre que des Russes, même au XIXème siècle, aient le beau rôle!

dimanche 10 août 2014

Le pion: une comédie pas si drôle

Bonjour à tous

les années 1970 ont donné lieu à des comédies reposant le plus souvent sur une vague idée ou sur des "comiques" faisant des films à la pelle, comme Michel Galabru par exemple. S'appuyant souvent sur des comédiens populaires à l'humour potache, des films comme la série des Charlots... faisaient le plein dans les salles de cinéma. Plus tard, ils faisaient la joie des téléspectateurs qui voyaient et revoyaient La 7ème compagnie ou Les gendarmes. Vous me direz, on continue à les revoir!
En 1978, Christian Gion, obscur réalisateur, réalisait pourtant un drôle de film: Le pion.
Drôle de film voulait dire à sa sortie un film drôle. Aujourd'hui, les gags arrivant à la vitesse d'un cycliste non dopé grimpant l'ascension de l'Alpe d'Huez, le rire ne viendrait que chez les nostalgiques de ce cinéma et certainement pas chez les plus jeunes. En revanche, les propos du film sont très intéressants et montrent que même pour un film assez faible, il y a des informations qui témoignent d'une transformation à venir de la société.

samedi 9 août 2014

Le juge et l'assassin: un discours de lutte des classes!

Bonjour à tous,

en 1976, Bertrand Tavernier réalisait Le juge et l'assassin, retrouvant son acteur fétiche Philippe Noiret et donnant à Michel Galabru certainement son premier grand rôle au cinéma, rôle qui lui valut d'avoir le César en 1977 devant Alain Delon pour Monsieur Klein, ce qui n'était tout de même pas rien!

L'action se passe donc en 1893 quand un vétéran, un certain Bouvier, incarné donc par Galabru, est éconduit par une femme. Après l'avoir tué, il se suicide mais se rate. Il est arrêté, interné puis s'échappe et devient alors ce qu'on appelle aujourd'hui un tueur en série.

Le film de Tavernier ne vaut pas tant pour cette histoire de criminel qui sert en fait de prétexte au réalisateur pour faire un point historique sur la situation de la République en pleine affaire Dreyfus, point dont le spectateur ne peut pas voir selon un autre angle, celui de la situation économique et sociale française de ces années post 68 et de début de crise économique remettant en cause le modèle français.

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mardi 5 août 2014

La proie nue: un ovni cinématographique de Cornel Wilde

Bonjour à tous,

Paramount Channel diffuse en ce moment un film produit et réalisé par Cornel Wilde et qui constitue un véritable ovni hollywoodien. Avec un budget de 900 000 $, le film fut nommé aux oscars pour le meilleur scénario. Le réalisateur, grande star des années 1950 (il fut "Le grand Sébastian" du film de Cecil B. DeMille Sous le plus grand chapiteau du monde), tourné une histoire inspirée d'un fait réel où le trappeur John Colter fut fait prisonnier de la tribu indienne des Black Foot (lire à ce propos le très bon article du blog Chronique du cinéphile stakhanoviste sur ce film). Cornel Wilde réussit un long métrage d'autant plus intrigant qu'il ne s'inscrit à la fois dans la tradition du cinéma américain évoquant l'Afrique et le cinéma à venir, celui sortant des sentiers battus des récits héroïques et bavards.


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Un film classique
Comme ses prédécesseurs, John Ford, Howard Hawks et d'autres encore (voir à ce propos mon article sur les Africains noirs vus par le cinéma occidental), Cornel Wilde propose une forme permettant dès le générique de reconnaître l'Afrique telle que les spectateurs américains l'envisagent: tam-tam et percussions, imagerie de tribus... Ce recours aux musiques africaines sera permanent dans tout le film, maintenant une ambiance particulièrement exotique.
L'autre aspect classique relève du sujet. Un riche blanc se paie un safari avec un guide, sorte d'Allan Quatermain joué par Cornel Wilde lui-même. Et bien évidemment, les noirs sont relégués à deux statuts classiques: les porteurs et les membres d'une tribu sauvage. Ce safari satisfait aussi les désirs de ces colons européens d'exercer leur puissance en abattant les animaux les plus gros et les plus symboliques du continent: les éléphants. Hormis leur taille, ces animaux sont aussi riches de leur ivoire, matériau noble s'il en est.
De manière toujours classique, ce chasseur est imbus de sa civilisation, veut imposer aux peuples sa manière de concevoir la vie et les bons usages. Il refuse de payer une sorte de tribut modique à une tribu se trouvant sur le passage de son parcours le conduisant au troupeau d'éléphants à abattre puis il abat de manière industrielle et sans la moindre retenue des bêtes dont certaines ne sont pas porteuses de défenses et n'ayant par conséquent aucun intérêt commercial. Il tue pour le plaisir. À l'instar des guides des autres films se déroulant en Afrique noire et "sauvage", le guide est plus pragmatique. Il ne comprend pas l'attitude de son client, essaye de lui faire comprendre que le mode de vie des tribus doit s'imposer aux occidentaux. Et s'il a tué moins d'éléphants que lui, ce n'est que parce qu'il ne tue que ceux offrant des défenses exploitables.

Le film s'accompagne, comme tous les autres, d'un bestiaire particulièrement abondant, exotique et de toutes les tailles: éléphants donc, mais aussi gazelles, girafes, singes fauves mais encore scorpions, serpents ou caméléons!
Enfin, ce qui devait arriver arriva. La tribu "vexée" de l'attitude du chasseur et avec lui des autres Blancs, s'en prit à eux, dont le guide. Si les premiers subissent des tortures d'une cruauté réjouissante d'imagination, le guide voit son destin se dessiner rapidement. Il est transformé en proie chassée par des membres de la tribu!



Un film moderne
Si on vient de voir que, dans le fond, le sujet et apparemment la forme n'ont rien d'exceptionnels, le spectateur va pourtant rapidement se retrouver face à une sorte de fiction documentaire. À partir du moment où les Blancs sont faits prisonniers, plus de dialogue compréhensible n'est alors prononcé par les personnages, dont il ne restera de survivant que le guide. Si les membres de la tribu s'exprime, nul sous-titre ne vient donner du sens. De fait, les attitudes, les intonations suffisent à comprendre ce qui se passe.
Si les films classiques utilisaient les rythmes africains pour rappeler le lieu où se passait l'action, ils avaient recours régulièrement à une bande son plus classique accompagnant les mouvements des héros. Or rien de ceci dans La proie nue. Le film n'utilise pas d'autre musique que celle sensée être africaine, plongeant le héros dans une situation de domination et d'inconfort permanent. Il n'est jamais supérieur et apparaît parfois bien ridicule quand il réussit, momentanément, à empêcher ses poursuivants de le rejoindre.
Cette absence de dialogues ou même de monologues voire de voix off donne au film un caractère étrangement subjuguant. Cela impose que tout passe par l'image. Si le style a vieilli un peu, il n'en demeure pas moins que Cornel Wilde utilise toute la palette du montage cinématographique pour illustrer ses propos. S'il montre des animaux, il les représente très souvent en tant que prédateur et gibier. Son personnage se trouve entre les deux catégories, tantôt gibier voire future charogne (un plan sur un vautour nous en indique le sens!). Sa place dans la hiérarchie des prédateurs n'est pas très haute. Et malgré sa réussite pour tuer un koudou, il ne peut rien pour empêcher un lion de lui prendre la victime de sa chasse!
Voici donc un homme blanc traqué, armé des seules armes qu'il a pu prendre aux chasseurs qui le traquent, poignard, lance et arc. On est bien loin des films où les Européens imposent leur ordre à l'Afrique et aux Africains.
Pendant près d'une heure, le guide doit affronter la nature, se nourrir d'insectes ou de serpent crus, repousser ou tuer ses assaillants, le tout sans aucune explication!

Du point de vue artistique, on se rapproche donc de ce nouveau cinéma américain qui ose mettre les héros traditionnels en situation d'infériorité. Je le montrais dans un précédent article sur Un homme nommé cheval. Tout comme le guide de La proie nue, l'aristocrate anglais se retrouve soumis à un peuple indien et une grande partie du film est une sorte d'observation des rituels indiens devant les yeux d'un Anglais du XIXème siècle. Le film de Cornel Wilde se passe dans le même siècle, avec un personnage qui comme celui interprété par Richard Harris, doit survivre dans un milieu hostile.

Des séquences audacieuses
Si les séquences de tortures apparaissent insoutenables, aucune image sanguinolante n'est pourtant présente. De même, quand le guide tue des poursuivants, la caméra évite de s'attarder sur les entrées de lame dans le ventre. L'audace n'est donc pas dans la représentation de la mort ni même dans le fait de montrer un homme manger un animal non cuit. Elle est d'abord dans le montage, des gros plans sur le regard par exemple suivis par des plans animaliers, parfois de combat entre un serpent constrictor et un varan dont on ignore qui finit véritablement vainqueur. Très symbolique, le montage a dû interpeller bon nombre de spectateurs américains devant un tel spectacle, plus digne du cinéma soviétique dans le montage que des grosses productions des majors américaines.
Hormis la forme, c'est aussi un des rebondissements du film qui présente une particularité peu abordée au cinéma avant, et bien peu depuis, y compris (et surtout?) en France.
Ainsi, quand le guide arrive dans un village qui pourrait lui permettre éventuellement d'être sauvé, il assiste à une attaque en règle de ce village africain paisible par... d'autres Africains! Cette attaque aussi soudaine que violente n'est pas en soi une nouveauté dans la représentation cinématographique. Les Noirs étant montrés comme des sauvages, ils le sont aussi parce qu'ils le sont entre eux, les épisodes de la saga de Tarzan l'homme singe en témoignent! Mais ce qui est nouveau à l'écran réside dans la motivation de cette attaque. Les assaillants font des prisonniers qu'ils attachent avec des ustensiles spécifiques qui laissent à comprendre qu'ils sont réduits en esclavage. Les moins intéressants, notamment les plus jeunes, sont ostensiblement abandonnés à leur sort qu'il est aisé de deviner.
Cette séquence renverse donc un autre schéma du cinéma américain, y compris celui qui commence à poindre. Si une mise en accusation des USA dans le sort réservé aux Indiens pendant la conquête est en œuvre et que l'esclavage est dénoncé dans les années 1970, Cornel Wilde filme un élément particulièrement troublant puisque les Noirs réduits en esclavage l'ont été par des ... Noirs. On peut y voir aussi une manière de dédouaner les Européens de ce commerce qui les enrichira et leur permettra l'exploitation du nouveau monde. Après tout, il n'ont pu faire cette traite négrière que parce que d'autres Noirs le leur permettait.
Mais au regard de la tonalité du film, on peut aussi y voir une mise à égalité, certes pas très positive, des peuples dans leur cruauté et leur volonté de dominer les autres. Le guide se trouve juste être en mauvaise situation. Peu importe d'ailleurs la réception du film ou la motivation du scénariste. Représenter une telle situation était particulièrement audacieux au regard de la situation noire américaine de l'époque!


Ainsi, La proie nue offre un spectacle extrêmement surprenant. En cinémascope et technicolor, le film prend des atours du cinéma hollywoodien grand spectacle. Mais en réduisant les dialogues à la portion congrue, en réduisant l'épilogue à presque rien, en osant montrer un héros blanc en situation quasi permanente de gibier, Cornel Wilde proposait un film atypique, certainement déjà trop moderne pour les classiques, sûrement trop classique pour ceux qui commençaient à se détourner du cinéma des studios hollywoodiens. Il n'empêche, ce film est une œuvre rare à redécouvrir.

À bientôt
Lionel Lacour