mercredi 23 février 2011

True Grit où l'omniprésence de la justice?

Bonjour à tous,

aujourd'hui sort le film des frères Coen, True grit, que je n'ai pas encore vu. Il faut rappeler que ce film est un remake d'un film d'H. Hataway sorti en 1969 sous le même titre aux USA mais traduit en France par Cent dollars pour un shérif. Le personnage du shérif était alors interprété par John Wayne et qui reçut l'Oscar du meilleur acteur. Recevant son prix heureux comme un débutant, Wayne s'était alors écrié que s'il avait su, il aurait joué des rôle de borgnes avant si telle était pour lui la solution pour gagner cette récompense!

Mais revenons à l'histoire. Une jeune fille, Mattie Ross, veut venger son père tué par un odieux bandits. Sa vengeance a ceci d'intéressant qu'elle veut passer par la légalité: elle demande au Shérif d'arrêter l'assassin de son père. Devant sa réticence, elle lui promet une prime de 100 dollars (d'où le titre français de la première version). On ne peut qu'être surpris par cette forme de justice qui passerait par la récompense d'un personnage qui est justement payé pour arrêter les assassins. Une prime au mérite en quelque sorte, mais payée par le justiciable.

Pourquoi choisir Rooster Cogburn, ce shérif borgne? C'est que la jeune Mattie a vu en lui un personnage impitoyable avec les bandits. Elle assiste aussi à la pendaison de ceux qu'il a arrêtés. On a donc dès le début du film une présentation assez radicale de la "bonne" manière de traiter les suspects, puis les coupables: pas de pitié pour les suspects, pas de pitié pour les coupables. La peine de mort n'est jamais dénoncée ni même critiquée. Si le shérif est contesté par quelques uns, c'est davantage pour ses manières et son goût pour l'alcool que pour ses résultats. Et en tout cas, la jeune Mattie voit en lui celui qui pourra lui permettre de faire condamner l'assassin de son père.

Avec une telle présentation, on pourrait penser que le film d'Hataway est un véritable manifeste républicain. Pourtant, d'autres aspects du film tempère cette impression.
Tout d'abord, la jeune fille n'engage pas un chasseur de tête. Elle tient à ce qu'un représentant officiel soit le bras de la justice pour ramener l'assassin et le juger. En ce sens, il n'y a pas de vengeance privée mais bien la volonté que la justice passe selon les règles.
Le légalisme de Mattie passe également par le recours systématique à l'évocation de son avocat quand ses intérêts, notamments économiques, sont en jeu. Véritable menace, l'avocat apparaît comme un défenseur redoutable, même si nous ne le voyons pas et qu'aucun des personnages menacés ne le connaissent. Ce monde de l'ouest semble donc encore assez sauvage, marqué par les rapports de force, mais la force de la loi progresse grâce justement à ceux qui sont sensés aider à ce qu'elle soit respectée.
Enfin, le personnage du shérif devient rapidement autre chose qu'un simple grossier personnage. Il est montré tantôt sensible au courage de Mattie qui s'impose à lui dans la traque contre le criminel, tantôt lui même courageux, ayant du cran (d'où "true grit") notamment dans une séquence mémorable de combat à un contre plusieurs bandits. Cette même séquence est d'ailleurs sur la bande-annonce du film des frères Coen, comme pour faire le lien entre les deux versions.
Mais c'est surtout l'honnêteté des relations entre les différents personnages qui a fait le succès de ce film en 1969, où chacun défend finalement les mêmes valeurs, mais avec les moyens de son époque. Cogburn - Wayne incarne le farwest des westerns jusqu'aux années 50, ceux de Rio Bravo ou de La prisonnière du désert. Mattie incarne ce que vont devenir les USA, un pays conquis, où la loi prévaut pais où la violence n'a pas disparu pour autant. On retrouvait déjà cette opposition en 1961 dans L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford. Wayne incarnait déjà celui qui défendait le Bien par les mêmes moyens que ceux qui faisaient le mal: à coup de revolver ou de carabine. James Stewart était le représentant d'une autre voie pour défendre les intérêts et les droits des citoyens: il n'en appelait pas aux avocats, il était avocat. Mais Ford l'avait féminisé un temps, le tranformant l'espace d'une séquence en un serveur de restaurant.

Le point commun entre Cent dollars pour un shérif  et le film de Ford est alors la foi en la primauté de la loi sur la violence. Mais aussi la certitude que les USA se sont construits sur la légende de l'Ouest, celle des homme comme ceux incarnés par Wayne qui ont permis de contenir un temps la brutalité de l'Ouest, le temps que l'ordre et la loi s'imposent, sans pour autant renier le rôle de ces pionniers: "Quand la légende dépasse la réalité, imprimer la légende" dit le journaliste à James Stewart!

L'intérêt aujourd'hui est donc de voir ce que les frères Coen auront fait de cette oeuvre, comment ils vont présenter ces personnages et quelles valeurs ressortiront à la conclusion du film. A en croire les critiques, que ce soit aux USA ou en France, le film est un réjouissement.

A découvrir donc!

A bientôt

Lionel Lacour

samedi 19 février 2011

Gran Torino: Eastwood et le rêve américain

Bonjour à tous,

deuxième message aujourd'hui pour ne pas rester sur une critique de film désagréable.
Pas de grande révélation aujourd'hui pour les amoureux de l'oeuvre de Clint Eastwood. Gran Torino est sorti en France il y a déjà deux ans et la production du réalisateur s'est déjà enrichie de deux films! Bien des critiques ont pu être faites sur son Gran Torino, dénonçant un certain aspect conservateur pour ne pas dire réactionnaire. D'autres reprochent quelques séquences un peu grossières, notamment quand le héros se dit à lui même qu'il a plus d'affinités avec ses voisins asiatiques qu'il connaît depuis quelques jours qu'avec sa propre famille.
D'autres critiques tout aussi juste ont été faites contre ce film.

mercredi 16 février 2011

Les lundis du MégaRoyal: mai 2011

Bonjour à tous,

pour la troisième année, le Multiplex de Bourgoin Jallieu me confie l'organisation des "Lundis du MégaRoyal". Tous les lundis du mois de mai, cette manifestation propose de voir des films du patrimoine autour d'un thème commun. Ces films sont ensuite expliqués tout en images pour les cinéphiles, les fans ou les curieux.
En 2009, le thème était le western. En 2010, les comédies musicales étaient mises à l'honneur.
Nous avons décidé cette année de profiter finalement de l'actualité cannoise pour revisiter quelques films qui ont marqué ce grand festival.
Le choix risquait bien sûr d'être difficile. Nous avons alors décidé de sélectionner les films issus d'adaptations littéraires.

Vous pourrez donc revoir A l'Est d'Eden et le mythe James Dean, M.A.S.H. et son humour décapant, Excalibur avec un Merlin sans barbe blanche et enfin Cyrano de Bergerac pour peut-être le plus grand rôle de Depardieu.

Vacances obligent, les "Lundis du MégaRoyal" commenceront non pas le 2 mai  2011mais le 9 mai 2011.
Une page dédiée à cet événement vous sera bientôt proposée sur ce blog ainsi que quelques informations sur ces films, chefs-d'oeuvre du 7ème art.

A très bientôt,

 Lionel Lacour

mardi 15 février 2011

Quel est l'intérêt du "director's cut"? Réflexion autour d'Apocalypse now

Bonjour à tous,

depuis quelques années, et du fait notamment des sorties DVD permettant de nombreux bonus que les VHS ne permettaient pas, sortent des versions "director's cut" de films plus ou moins célèbres.
Pour bien préciser les choses, il ne s'agit pas ici de versions retouchées numériquement comme la première trilogie de Star wars voire de E.T. - même si sur certains points, on peut parler d'analogies dans le raisonnement que je vais développer - mais bien de montages différents voulus par les réalisateurs par rapport à la première sortie en salle.

Il faut donc rappeler que de très nombreux réalisateurs n'ont pas la main sur le montage final, notamment aux USA et que les studios contrôlent donc la forme finale du film. A ce propos, John Ford ne voulant pas que son oeuvre soit trahie par un montage qu'il aurait désapprouvé, ne tournait aucun plan qui aurait permis un plan de coupe qu'il n'aurait pas souhaité!

Parmi les films qui ont été "remontés", il y a le cas célèbre d' Apocalypse now, de Copolla, palme d'or à Cannes en 1979. Une version "director's cut" est donc sortie de nombreuses années après avec des séquences inédites, mettant notamment en scène des Français dans leur ancienne colonie vietnamienne (ou autrefois indochinoise).

L'objet de ce message n'est pas de savoir quelle est la meilleure version mais bien de savoir si la fameuse "director's cut" est bien celle qui aurait dû sortir initialement.
De même, la version montée par le réalisateur a-elle-été faite dès la sortie du film, mais refusée par le producteur, ou bien cette nouvelle version a-t-elle été faite après, parfois plusieurs années après. Cette différence est, vous vous en doutez, fondamentale.

Pourquoi? Tout simplement parce que si la version du réalisateur a été montée en même temps que la version exploitée, cela permet de voir les vraies différences artistiques mais aussi idéologiques d'un film entre le metteur en scène et les producteurs. En revanche, si la version remontée est faite plusieurs années après, rien ne nous dit que la version du réalisateur aurait été celle-ci à la sortie du film.

Pour prendre un exemple imaginaire mais évident, choisissons un film évoquant la menace terroriste islamique à New York réalisé avant 2001 (Couvre feu correspond à ce thème et réalisé par Edward Zwick en 1998). En acceptant que ce film soit remonté de nos jours, comment le réalisateur pourrait ne pas être influencé par ce qui s'est passé un certain 11 septembre? Le montage ne pourra pas être le même que s'il avait été réalisé avant 2001, quand bien même celui présenté aux spectateurs n'était pas celui que souahaitait Zwick.

Le "remontage" d'un film pose donc un problème quand il est postérieur, voire vraiment postérieur, au montage exploité en salle car il s'agit non seulement d'un autre film, mais surtout d'un film d'un autre temps, non de 1979 pour le cas d'Apocalypse now mais de 2001 pour Apocalypse now redux. Une sorte de remake mais à partir d'un matériau déjà existant.
Certes la séquence avec les Français a été éliminée du premier montage. Mais le film perdait-il en cohérence? Combien de réalisateurs ont finalement décidé de ne pas intégrer dans leurs films des séquences qu'ils avaient pourtant à disposition?  Sommes-nous assurés que Copolla ait vraiment intégré ces séquences dans son montage quand on sait que la version qu'il présenta à Cannes était déjà un work in progress?

Ainsi, l'intérêt de ces films "nouveau montage" est multiple mais pas forcément celui affiché. Moins que la version telle qu'elle aurait dû être, ces nouvelles versions montrent souvent que l'environnement qui entoure le film a changé. Apocalypse now était à sa sortie une critique philosophique de la vanité de l'impérialisme américain. En intégrant de nouvelles séquences, le film intègre un contexte historique plus large de ce conflit et s'adresse à davantage de personnes. La présence de Français "dilue" aussi la seule faute des Américains dans le conflit.
 Mais remonter un film, c'est aussi pour les distributeurs une manière d'exploiter à nouveau un film à succès de leur catalogue dont on sait que les fans seront intéressés par les quelques nouveautés apportées par la nouvelle version, que ce soit en salle ou en DVD et maintenant Blu Ray.

L'historien travaillera sur les deux oeuvres, celle de 1979 pour évoquer l'immédiate après-guerre du Vietnam et le traumatisme américain de la défaite honteuse en le comparant avec les autres films sur ce sujet; celle de 2001 dans un contexte nettement différent, où la cause de l'intervention américaine, à savoir l'anticommunisme, n'existe plus, où le sentiment de honte s'est amenuisé et tandis que d'autres menaces se manifestent.

Quant aux versions des films améliorés comme ceux évoqués précédemment (Star war, E.T.), si le montage n'a pas varié, l'utilisation des technologies numériques modifie la perception que les premiers spectateurs avaient eu des films. Ainsi Jabba le Hutt fut d'abord interprété en 1977 par un acteur et fut ensuite numérisé en image de synthèse en 1997 afin qu'il ressemblât à un monstre mi-crapaud, mi-limace! L'univers initialement créé, lié aux limites de la technologie des années 1970, était donc beaucoup plus antropomorphisé que depuis les modifications apportées par l'imagerie de synthèse. Il en ressort une projection différente des spectateurs vis-à-vis des personnages "exotiques", même si ceux-ci pouvaient ressembler par leurs caractères à bien des êtres humains contemporains, y compris Jabba!.

Pour E.T., les armes portées par ceux cherchant la créature extra-terrestre sont désormais transformées en talkie-walkies, radoucissant le conte, estompant la violence de la version originale. L' "autre" n'est plus forcément considéré par l'Etat comme un ennemi à détruire. La fin de la guerre froide est passée par là.
Comme pour un "director's cut", et malgré cette fois un même montage, les modifications apportées transforment donc bien le film. Il ne s'agit alors pas de la "vraie" version, mais d'une "autre" version, liée à l'époque pour laquelle le film est destiné.

Le "director's cut" a donc plusieurs intérêts, mais pas celui de voir "la version réelle" du film mais plutôt "une" version différente, une vision modifiée par le temps, le contexte, la technologie. Chaque version doit être analysée à part, dans un contexte différent, sans penser que la dernière proposée est celle définitive. Ces montages différents montrent surtout l'importance des choix des réalisateurs de tourner certains plans ou pas puisque ce sont ces plans qui seront ensuite montés pour donner un sens au film. Pour preuve, Fritz Lang, dans Les contrebandiers de Moonfleet (1952) se vit imposer une dernière séquence se rajoutant à "sa dernière séquence", changeant la morale du film et entraînant par là même, son reniement par le réalisateur lui-même!


A bientôt
Lionel Lacour

lundi 14 février 2011

Flyer des 2èmes Rencontres Droit Justice et Cinéma

Bonjour à tous,

vous pouvez désormais télécharger et diffuser le flyer des 2èmes Rencontres Droit Justice et Cinéma avec la liste de tous les films et de tous les intervenants aux diiférents débats.

Vous pouvez télécharger sur le lien suivant:
Flyer 2èmes Rencontres Droit Justice et Cinéma

A très bientôt
Lionel Lacour

mercredi 9 février 2011

2èmes Rencontres Droit Justice et Cinéma: La presse en parle

Bonjour à tous,

Les 2èmes Rencontres Droit Justice et Cinéma font déjà parler d'elles.

 Suite à notre soirée de présentation officielle de ces Rencontres mardi 1er février au Sofitel, partenaire de cette manifestation, Le progrès et Le tout Lyon ont relayé l'information dès cette semaine, prouvant, s'il en était besoin, que ces Rencontres s'inscrivent dans une logique citoyenne et sur du long terme dans la ville de Lyon.
Nous vous attendons donc nombreux du 21 au 25 mars 2011.
Les inscriptions pour la soirée conférence avec Robert Badinter se feront à partir du 1er mars sur le site:

A très bientôt
Lionel Lacour


dimanche 6 février 2011

L'Horloger de Saint Paul, marqueur d'une époque

Bonjour à tous,

quand Bertrand Tavernier réalise en 1974 cette adaptation du livre de Georges Simenon, L'horloger d'Everton, il plonge son héros dans sa ville natale, Lyon. Pour le spectateur d'aujourd'hui, il s'agit d'un vrai dépaysement. En effet, nous pouvons voir dans ce long métrage un vrai document archéologique de ce qu'étaient ces débuts des années 1970 et pour la France, la fin des "Trente glorieuses", dans une approche bien sûr particulière de Bertrand Tavernier qui signait là son premier long métrage.


BANDE ANNONCE



mercredi 2 février 2011

Programme des 2ème Rencontres Droit Justice et Cinéma

Bonjour à tous,

comme promis dans un précédent message, je vous présente en avant première le programme des 2èmes Rencontres Droit Justice et Cinéma se tenant du 21 au 25 mars 2011.

Lundi 21 mars 2011: Soirée d'ouverture
Soirée exceptionnelle se tenant à l'Auditorium Malraux du Site de La Manu - Lyon 3. Nous accueillerons pour l'occasion Robert Badinter pour une conférence intitulée "L'instant criminel au cinéma". S'appuyant sur de nombreux extraits de films de toutes périodes et de toutes origines, Robert Badinter réagira face à Jean-Jacques Bernard, journaliste et rédacteur en chef de Ciné Cinéma Classic.
La conférence commencera à 18h. La réservation des places commencera à partir du 1er mars. Je vous en dirai davantage bientôt.

Mardi 22 mars 2011: L'ivresse du pouvoir
Ce film de Chabrol sera projeté au Comoedia à partir de 20 h et suivi par un débat notamment en présence d'Odile Barski, co-scénariste.

Mercredi 23 mars 2011: Les tontons flingueurs
Ce grand classique du cinéma français sera l'occasion de présenter notamment les activités notariales sous un angle décalé, ainsi que de parler des activités plus ou moins légales (!) de ces fameux tontons. Le débat qui suivra sera notamment en présence de Mme le Bâtonnier de Lyon, Myriam Picot. La projection aura lieu au Comoedia à partir de 20h.

Jeudi 24 mars 2011: L'oeil invisible
Ce film hispanico-argentino-français a été proposé à la quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2010 sera projeté en Avant Première à partir de 20h au Comoedia. L'action se passe dans l'Argentine du temps de la dictature et montre comment la surveillance des individus se faisait en s'appuyant sur le zèle de certains, ici celui d'une jeune femme espionnant des jeunes hommes dans un lycée.
Le débat qui suivra se fera notamment en présence d'un membre de la production du film.

vendredi 25 mars 2011: Soirée de clôture
Le Comoedia accuillera dès 20h Philippe Lioret pour la projection de son film Welcome. Le réalisateur nous fera aussi l'honneur de participer au débat, notamment avec le Président de l'Université Jean Moulin - Lyon 3, Hugues Fulchiron.

La liste de tous les participants aux débats vous sera très bientôt donnée dans la plaquette distribuée dans tout Lyon dès la mi-février.

J'espère que la programmation vous séduit et que vous pourrez venir nombreux à ces Rencontres 2ème édition.

A bientôt
Lionel Lacour