lundi 26 septembre 2016

Lumière 2016: "Midnight express", la puissance d'un film 30 ans après

Bonjour à tous

En 1978, Alan Parker réalisait Midnight express à partir de l'histoire de Billy Hayes, emprisonné en Turquie pour détention de drogue puis trafic de drogue, tentant de s'évader coûte que coûte. En 2006, la réalisatrice Sally Sussman revient sur cette histoire incroyable, non pour replonger le spectateur dans le seul contexte de production, mais pour montrer comment un film peut agir dans l'imaginaire collectif.

En effet, le succès du film reposait sur ce que subissait le personnage principal, de la part de la police comme des gardiens de prisons: insultes, tortures et sévices multiples, sur un scénario du rarement léger Oliver Stone (débutant alors mais tout de même oscarisé), le tout accompagné d'une bande son mémorable de Giorgio Moroder (musique faite avec des synthétiseur et oscarisée)!

La conséquence fut multiple. Le film fut bien accueilli par les spectateurs, notamment français (avec près de 6 millions d'entrées!) et du point de vue critique. Mais c'est surtout la réputation de la Turquie qui en prit en coup. Et un sévère.

Dans son documentaire, MIDNIGHT RETURN : THE STORY OF BILLY HAYES AND TURKEY, Sally Sussman revient donc sur ce dernier point. Comment un film de fiction peut perturber à ce point la vision que les spectateurs ont d'un pays, quand bien même le film est une fiction dont les ressorts dramatiques sont objectivement exagérés.

Accompagné de Billy Hayes lui-même, Sally Sussman tente de montrer comment un pays, la Turquie, essaye encore de se défaire de l'image que Midnight express  a imposé au pays.

MIDNIGHT RETURN : THE STORY OF BILLY HAYES AND TURKEY - Sally Sussman - 2016
Samedi 15 octobre 2016 - 17h - Institut Lumière Salle 2 (Villa)
Réservations: www.festival-lumiere.org
EN PRÉSENCE DE SALLY SUSSMAN

Lumière 2016: "Jerry Lewis, clown rebelle" - l'hommage d'un réalisateur français

Bonjour à tous

Grégory Monro est ce qu'on appelle un iconoclaste. Comédien, réalisateur, il est passionné par Lucky Luke et en fait un documentaire. Puis il fait un autre sur Calamity Jane, personnage mémorable du personnage créé par Morris et raconté entre autres par Goscinny. Son intérêt pour l'humour populaire l'avait conduit à réaliser en 2013 Monsieur de Funès, maître inégalé du comique du cinéma français pendant près de 3 décennies. Et c'est donc tout naturellement qu'il réalise en 2016 Jerry Lewis, Clown rebelle, projeté en avant première au Festival Lumière le lundi 10 octobre 2016 à 19h30 à l'Institut Lumière - salle 2 (Villa) et en sa présence!

Produit par Arte, dont le catalogue de documentaires sur le cinéma est d'une rare qualité (on se souvient notamment encore de l'excellent Cinékino présenté l'an dernier au Festival Lumière), Gregory Monro revient sur la carrière de ce génie américain, mégastar dès ses débuts avec son compère Dean Martin - avant que leurs chemins artistiques et personnels ne se séparent - au point de bloquer les rues de New York par les meutes de fans. Idole comique, génie du cinéma en devenant le maître d'œuvre de ses propres gags en fantaisies, introduisant l'écran de contrôle permettant au réalisateur de voir l'effet en direct des cadres choisis, Jerry Lewis est un cinéaste hors norme et un maître ayant influencé des générations de comédiens tant américains qu'européens.

Sa filmographie est pléthorique et inégale mais possède des bijoux d'humour. Que ce soit Le tombeur de ces dames en 1961 dans lequel Lewis invente un studio improbable pour donner une impression incroyable de maison éclatée dans laquelle le spectateur navigue sans contrainte ou Les tontons farceurs en 1965 lui permettant la performance d'incarner plusieurs rôles à la fois,  il y a surtout le fameux Docteur Jerry et Mister Love de 1963, quintessence de son talent, maniant à la fois le gag visuel pur, les quiproquos, les principes du cadrage, tout en jouant sur l'autodérision. Mais ce film est aussi et peut-être surtout une sorte de résumé du dilemme autour de l'artiste. Comique génial mais également cinéaste surdoué, homme de gags minutieux préparés et réfléchis méticuleusement et roi de l'improvisation. C'est un homme à multiples facettes que l'on retrouve à chacun de ses films.

Pourtant, Jerry Lewis n'est pas qu'un comique. La preuve en deux situations différentes. Ainsi, lors des retrouvailles avec son ami Dean Martin lors d'un show télévisé après des années sans s'être revus, Jerry Lewis manifeste une émotion incroyable tout en étant capable d'improviser en faisant du Jerry Lewis. Tordant et émouvant. Dans un film ensuite, La valse des pantins de Martin Scorcese en 1983 (le titre original étant The king of comedy) montrait un Jerry Lewis en comique célèbre mais séquestré par un jeune comique (génial Robert De Niro) voulant prouver que lui aussi a du talent. Film à nouveau montrant deux facettes différentes de Lewis mais en insistant pour une fois sur son talent dramatique.

C'est avec ce matériau que Grégory Monro a tenu à rendre à Jerry Lewis les honneurs qui lui étaient dus. Lui dont le talent est oublié, surtout aux États-Unis d'ailleurs. Hommage mais pas hagiographie même si Jerry Lewis a su aussi mettre son talent au service de causes nobles - il fut l'initiateur du Téléthon. Jerry Lewis, clown rebelle rappelle les moments simples du cinéma populaire, celui devant lequel on rit de bon cœur, et auquel tant d'humoristes aujourd'hui doivent tant.

Jerry Lewis, clown rebelle - Grégory Monro, 2016
Lundi 10 octobre 2016 - 19h30 - Institut Lumière salle 2 (Villa)
EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR
Résevations: www.festival-lumiere.org

À très bientôt et bon Festival Lumière

Lumière 2016: "Dragon girls" - les héroïnes du cinéma asiatiques vues par Yves Montmayeur

Bonjour à tous

Yves Montmayeur est un habitué du Festival Lumière. Après être venu présenter ses documentaires sur les films de Yakuza ou sur le cinéma érotique japonais, puis son inestimable Michael Haneke, profession réalisateur, le voici qui revient pour un nouveau documentaire sur le cinéma extrême oriental: Dragon girls, les amazones pop asiatiques. 

Parce que les cinémas asiatiques, chinois ou japonais, proposent de plus en plus souvent des portraits de femmes rebelles, comme le film d'Ang Lee Tigre et dragon (2000) en atteste, Yves Montmayeur, avec son talent habituel, est allé se plonger dans cette évolution notable dans des pays souvent marqué par une forte phallocratie, en interrogeant de nombreuses actrices devenues icônes comme Michelle Yeah, Shu Qi, Fan Bingbing et bien d'autres encore, et pas seulement dans le domaine du cinéma mais aussi celui du rock.

Avec ce documentaire, Yves Montmayeur continue d'explorer la culture asiatique par son cinéma, et singulièrement le cinéma japonais, par une approche kaléidoscopique de ces sociétés à la fois exotiques et si proches, exerçant sur nous, occidentaux, une fascination qui se manifeste par notre appétit à les connaître justement par leurs cinémas. Ce documentaire montre aussi comment le cinéma de fiction permet de faire une Histoire quasi immédiate des différentes sociétés, car on ne filme pas les femmes chinoises et japonaises depuis 15 ans comme on les filmait au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Dimanche 9 octobre 2016 - 19h15 - Institut Lumière - salle 2 (Villa)
Dragon Girls, Les amazones pop asiatiques - Yves Montmayeur - 2016
Réservation sur www.festival-lumiere.org


À bientôt au Festival Lumière

dimanche 25 septembre 2016

Lumière 2016: "Sciuscià 70" ou le retour vers le néo-réalisme italien.

Bonjour à tous

Le Dimanche 9 octobre 2016 sera programmé en Avant Première le documentaire Sciuscià 70 de Mimmo Verdesca à l'Institut Lumière (salle 2 - Villa). Ce film revient sur l'œuvre de Vittorio De Sica sorti donc en 1946 et Oscar du meilleur film étranger.

Comment expliquer, avec un tel prix, que ce film ait été finalement peu récompensé en salle? Le sujet peut-être, celui d'enfants des rues dans l'Italie de l'immédiate après-guerre. Mais d'autres films ont traité ce sujet avec davantage de succès comme Allemagne, année zéro d'un autre Italien, Roberto Rossellini, en 1945. Peut-être que le public italien était prêt à accepter de voir des orphelins ailleurs que dans son propre pays.
Le succès n'eut peut-être pas eu la chance de se trouver ensuite puisque le film de Vittorio De Sica fut le formidable Voleur de bicyclette, traitant lui aussi de la situation sociale d'après-guerre.

Mimmo Verdesca et Rinaldo Smordoni
source: www.rietilife.com
Souvent oublié donc dans la filmographie relatant ce qui allait être appelé "néo-réalisme italien", Sciuscià n'en reste pas moins une œuvre forte sur laquelle a travaillé le réalisateur Mimmo Verdesca, permettant de comprendre la genèse du film de De Sica, dans une Italie ruinée et en pleine reconstruction tant économique que politique et les conditions de son tournage. Agrémenté de témoignages divers dont celui d'Emi De Sica, fille du grand cinéaste italien, Mimmo Verdesca retrouva également les deux comédiens des rôles principaux, Franco Interlenghi qui interprétait Pasquale et  Rinaldo Smordoni qui incarnait Giuseppe, tous les deux cireurs de chaussures. Le titre américain du film était d'ailleurs Shoeshine, mot dont le dérivé napolitain était Sciuscià!

Sciuscià 70  - Mimmo Verdesca - 2016
Dimanche 9 octobre 2016 - 14h00 - Institut Lumière Salle 2 (Villa) 
EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR
Réservations: www.festival-lumiere.org

À bientôt
Lionel Lacour